Damian Müller | Ständerat
Vernetzte Welt
  • 14. Februar 2022
  • 6 min Lesezeit

Die Wahlen in Frankreich und Chance für die Schweiz

Die anstehenden Präsidentschaftswahlen in Frankreich können einen positiven Einfluss auf die Schweizer Beziehungen mit der Europäischen Union haben. Mein Meinungsbeitrag ist am 13. Februar in Le Monde erschienen.


Europe : « Une attitude constructive et sincèrement plus intéressée envers la Suisse est attendue de la France »

 

Damian Müller, membre de la Chambre haute du Parlement suisse, espère dans une tribune au « Monde » que la présidence française de l’Union européenne permettra de sortir du persistant blocage politique entre l’Europe et la Suisse.

Publié le 13.02.2022

Tribune. Le président de la République française a exprimé sa volonté que la présidence française de l’Union européenne (PFUE) soit un « moment utile pour l’Europe ». Pourtant, le blocage politique entre l’UE et la Suisse ne semble pas prioritaire pour « l’Européen » Emmanuel Macron. Actuellement, les relations entre l’Union européenne (UE) et la Suisse s’apparentent à un casse-tête chinois.

Le peuple suisse regimbe systématiquement toute marque laissant penser à une forme d’adhésion à l’UE. En effet, les récentes négociations entre l’UE et la Suisse ont été interrompues le 26 mai 2021, le Conseil fédéral (gouvernement suisse) ayant estimé que le texte sur la table n’emporterait pas l’adhésion populaire. Des accords bilatéraux, anciens et au nombre de cent trente, régissent actuellement les relations de l’UE avec la Suisse.

La Commission européenne a clairement indiqué que ceux-ci ne peuvent perdurer sans un accord sur les relations institutionnelles. Pourtant, contrairement à ce que laissent entendre les responsables de la Commission européenne ou français, la Suisse sait ce qu’elle veut. Elle veut poursuivre la collaboration européenne dans le cadre de ces accords bilatéraux.

Trouver les dénominateurs communs

En face, la Commission européenne ne l’entend pas de cette oreille et exige de la Suisse que les relations soient régies par un accord institutionnel. C’est ici le point d’achoppement pour plusieurs raisons dont, par exemple, le règlement des différends par la Cour européenne de justice de l’UE. Il est évident que le Conseil fédéral se braque face à l’imposition d’une instance partiale car dépendante du partenaire avec qui la Suisse s’engage.

Ainsi, résoudre l’équation à plusieurs inconnues revient à trouver les dénominateurs communs entre l’UE et la Suisse pour pouvoir poursuivre la collaboration. La PFUE a laissé entrevoir un espoir pour débloquer l’impasse née de l’abandon des négociations à Bruxelles. Cependant, le secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, Clément Beaune, l’a douché sans ménagement le 12 janvier, lors d’une commission parlementaire de l’Assemblée nationale.

La Suisse n’est pas une question prioritaire de la PFUE et le président Macron refuse de jouer les thaumaturges. Compte tenu des liens historiques, culturels, linguistiques et économiques indissociables entre la Suisse et la France, une attitude plus proactive en faveur de la Suisse aurait été attendue. « Les relations entre la France et l’Helvétie ne se sont cependant pas bornées (…) à être paisibles : elles ont été aussi riches d’histoire, qu’il s’agisse des faits historiques proprement dits ou de la vie de l’esprit », écrivait Le Monde en 1967.

Une absence d’engagement de la France

L’ancien ministre des affaires étrangères Roland Dumas, constatant que, du point de vue de l’UE, « l’exception helvétique constitue une anomalie », s’empresse d’ajouter : « Avec le recul, toutefois, je crois que cette exception suisse est utile à l’Europe. Elle permet à l’UE de mieux respirer. Elle démontre que les Européens savent, et peuvent s’accommoder des différences. Elle démontre que l’UE n’est pas uniforme. » (Le Temps, 14 avril 2015)

Certes, les grands défis géostratégiques impliquant les grandes puissances, tels que l’Ukraine ou la Biélorussie, attirent plus l’attention, une solution permettant notamment un gain politique indiscutable. Pourtant, le président de la République française, mû par un esprit européen, aurait pu par exemple mandater un parlementaire européen de son parti afin de dégager des propositions pour avancer.

En effet, l’ambassadeur de France à Berne n’a-t-il pas déclaré au quotidien Le Temps (27 décembre 2021), à propos de la PFUE, qu’il s’agira « pour la France de favoriser les compromis et de faire avancer l’agenda qui est sur la table » ? Pourtant la France, qui préside aux destinées de l’Europe, restera passive, contrairement à l’Allemagne et à l’Autriche, qui ont ouvertement exprimé leur appui à leur voisin helvète.

Une attitude dédaigneuse à l’égard de la Suisse

Certes, aux yeux de certains, la Suisse aurait trahi la France en portant son choix sur l’acquisition d’un avion de chasse américain, le F35, au lieu du Rafale français. Il s’agit ici d’une décision souveraine d’un Etat pris au terme d’un processus défini de longue date par le Conseil fédéral. Une foucade de la Grande Nation, après la crise l’Aukus, aurait été compréhensible.

Mais la persistance d’une attitude dédaigneuse à l’égard de la Suisse renforce d’autant plus l’incrédulité du peuple suisse à l’égard des institutions européennes, qui seraient dirigées par les grandes puissances, indifférentes à l’existence des Etats de taille plus modeste. La France, tout comme la Suisse, promeut la démocratie et la bonne gouvernance à travers le monde. Rappelons les paroles du président de la République prononcées à la Sorbonne en 2017 : « L’Union européenne en 2024 sera rassemblée autour de deux piliers à mes yeux. Le premier : les valeurs de la démocratie et de l’Etat de droit. »

L’achat du F35 par le gouvernement suisse s’inscrit dans cet esprit, un acte de bonne gouvernance, et non pas comme un acte de défiance politique à l’égard de l’Europe. Le président français devrait le comprendre. En conséquence, il devrait troquer son esprit revanchard pour son bâton de pèlerin européen en se laissant guider par les mots de Victor Hugo : « Ce que Paris conseille, l’Europe le médite ; ce que Paris commence, l’Europe le continue. »

Pour la communauté de destin des nations

Une attitude constructive et sincèrement plus intéressée envers la Suisse et envers les difficultés qu’elle rencontre avec la Commission européenne honorerait l’esprit européen de l’hôte de l’Elysée. Elle rappellerait aux milliers de Français (environ 188 650 personnes fin 2020) qui traversent quotidiennement la frontière franco-suisse pour travailler que leur sort n’est pas indifférent, tout comme la communauté de destin des nations du continent européen.

Il ne m’appartient pas, bien entendu, de suggérer l’attitude que la France doit adopter à l’égard de son voisin. Cependant, comme élu fédéral suisse, je peux exprimer le regret que je ressens envers notre voisin français qu’il ne se sente pas investi de l’esprit de ce proverbe : « L’impossible recule devant celui qui avance. »

Damian Müller représente le canton de Lucerne.